mercredi 22 octobre 2008

"YOU’VE GOT TO GO STRAIGHT AHEAD !"


Mes retrouvailles avec The Kills dimanche dernier.

La longue file d’attente le long du mur. Le public jeune parsemé de nombreuses mèches. Me faufiler au milieu de la foule. Le hall, mon billet déchiré en deux, les doubles portes, et le milieu du deuxième rang. La salle qui se remplit lentement. Les t-shirts accrochés au mur sur la gauche. Les techniciens sur la scène, les instruments, les câbles, et le décor de la première partie. Les chansons d’attente en léger fond sonore.

Un trio coloré qui envahit la scène en courant. Des fringues teintés années 80 et les premières secondes qui surprennent. Un son électro-pop associé à un chant plutôt rappé à l’ambiance californienne, soutenus par des chorégraphies... décalées. Chanteur au pull bariolé, pile électrique exagérée qui saute, court, danse et adresse au public des expressions insolites. Le guitariste chevelu à droite, entre discrétion et allures de guitar-hero. A gauche, les mains du troisième qui guident les keyboards, ornés de paille et du nom du groupe scintillant. Quelques bras qui s'agitent dans le public, mais l'ensemble qui reste bien sceptique.

La foule surchauffée qui n’attend plus que le duo vibrant qui respire le Sex, Drugs & Rock’n’roll. Les serviettes blanches et les setlists. Les bières et autres boissons suspectes déposées ici et là.

Leurs silhouettes qui apparaissent en contrebas de la scène, les cris hystériques et les lumières qui s’éteignent.

Leur charisme phénoménal qui remplit la salle en une seconde, et U.R.A. Fever comme intro sans détour.

VV. Légendaire slim noir qu’elle porte mieux que personne. Bottes dorées aux pieds. Long t-shirt informe troué et chemise léopard sortie du clip de Last Days of Magic. Etole autour du cou, accompagnant ses colliers et sa patte de lapin rose.

Hotel, son jean et son t-shirt moulant. Ses bottes de cuir, et son foulard tacheté assorti à la petite chemise de VV.

Leurs corps qui transpirent le sexe par chaque pore. La musique qui les habite au plus profond. Les instruments qui les possèdent. Chaque note qui en devient transcendante.

La boite à rythme qui fait trembler les tympans. Le son sale et saturé qui remue les tripes. La majestueuse guitare rouge de VV maniée comme une partie d’elle. Hotel qui n’hésite pas à martyriser la sienne, frappant le bois et tendant les cordes à l’extrême, à l’en faire crier et sortir des sons électrisants.

Le regard animal de VV envers Hotel. Son jeu à lui avec le public, se penchant plusieurs fois au-dessus de nous. L’instrument dans ses mains, les à-coups qu’il donne et la tension sexuelle palpable. Ses petits pas de moonwalk latéral, ses pieds qui glissent sur le sol. VV qui s'effondre parfois sur la scène. Son charme dévastateur. Les clopes qu’ils s’échangent. Leurs micros face à face, leurs regards, leurs gestes et leurs sourires. Lui parfois à ses pieds. La communion unique de leurs deux âmes.

Les 3 albums qui se répondent. Les chansons les plus électriques qui alternent avec les plus intimistes. Les perles de sueur sur tous les corps. Les frissons sur toutes les peaux.

VV à quelques centimètres de mon visage, et son regard brûlant qui se plonge quelques secondes dans mes yeux, me faisant oublier qui je suis.

Le temps et les chansons qui filent à une allure folle. La douce Goodnight Bad Morning qui apaise la foule et suspend le temps quelques secondes. Leur sortie de scène, l’hystérie dans la salle, les centaines de cris et les pieds qui martèlent le sol. Les chapeaux melon sur leurs têtes pour le rappel, et une reprise du Velvet Underground. Les paumes de nos mains qui frappent pour Sour Cherry, et le final inattendu sur Dropout Boogie. Hotel juste devant moi et mes mains sur les cordes vibrantes.

Orgasmique.


URA Fever / Pull a U / Tape Song / No Wow / Alphabet Pony / Last Day of Magic / Kissy Kissy / Black Balloon / Hook and Line / Getting Down / Cheap and Cheerful / Fried my Little Brains / Goodnight Bad Morning // Pale Blue Eyes / Sour Cherry / Dropout Boogie.


[ photos ]

jeudi 16 octobre 2008

GENEVIEVE BRISAC, VOIR LES JARDINS DE BABYLONE.

« Aimer est un mauvais sort comme ceux qu’il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu’à ce que l’enchantement ait cessé. (Marcel Proust) »

« …de minuscules nuages filent sans savoir qu’il suffit de les accrocher du regard pour reprendre espoir. »

« Ça ne me va pas. Rien. Ça n’ira jamais. Impression d’aller à l’abattoir. Sentir son sand refroidir et sécher, l’énergie disparaitre. Une faiblesse et une tristesse extrêmes… Les neufs filles du dortoir rient et elles bougent. De regarder leurs bras nus, je me transofmr en brindille. Plus elles rient, plus je me sens étrangère. Pas le genre émouvant et poétique, le genre puant et ridicule. Petite transpiration sèche de cloporte. On dansera peut-être des slows, et comment ferai-je pour éviter qu’on s’aperçoive du coton dans mon soutien-gorge, de mes mains qui tremblent, personne de toute façon ne saurait m’inviter à danser, me dis-je pour me rassurer. Ensuite, plus tard, assise dans le noir, condamnée à ma peine, souris morte, écoutant vaguement le disque qui repasse sans arrêt, Strangers in the night, mais je ne sais pas écouter la musique. Révoltée enfin que personne, aucun garçon n’aperçoive mon âme bondissante et joueuse, mon cœur tendre, sous ma peau verte. Mes yeux noirs, otchi tchornoie, qui sont les fenêtres de mon âme prisonnière.

« Et j’ai emporté l’enfant dans une valse d’intérieur qui nous a fait fondre le cœur.
Il avait ce regard concentré et confiant qui est l’amour même et qu’on oublie tout le temps. Qu’on oublie d’avoir, qu’on oublie de voir. Dont les jeunes filles essaient de se souvenir en battant des cils, tragique contresens. »

« Le monde est un théatre, chacun tente de donner de la voix, d’être celui qui raconte l’histoire, toutes ces voix qui se donnent en même temps, cacophonie sacrée de notre désir d’être compris, que, simplement, notre version soit entendue. »

« Comme on attend le facteur le matin. Comme on ouvre avec précaution et le cœur battant la boîte aux lettres. Dans l’espoir de cette fameuse surprise qui ne vient jamais, de ce “Je vous aime“ inconnu et qui apaiserait le cœur. »

« Comme notre vie est déjà longue, pensé-je avec stupeur, en détaillant les boîtes de gâteaux en fer-blanc peintes, les morceaux de bois aux formes indécises ramassés sur des plages, les matriochkas et les masques indiens. Que reste-t-il de nos flots de paroles, de ces kilomètres d’heures passées ensemble à donner des contours flous et bariolés au monde dont nous rêvons, à tenter de comprendre qui nous sommes ? »

mardi 9 septembre 2008

"AND SEE IF I STAND FIRM OR IF I FALL..."


Acte V.

Les mêmes habitudes de début de journée. Ou presque. La Pyramid Marquee qui nous attend pour son premier concert de la journée. Au passage, le merch’ de Panic trop moche qui aura droit à quelques remarques. Le chapiteau relativement vide et les rangs clairsemés. Devotchka et leurs instruments du plus classique au plus charmeur. Guitare, batterie, accordéon, violon, et ce qui semblerait s’appeler un soubassophone, aux allures félines. Les airs originaux et dépaysants, l’impression de voyager vers la Russie et l’Europe de l’Est. Un joli début de journée.

Mais la Main Stage et les groupies que nous sommes qui n’attendent pas. Quitter les magiciens de Little Miss Sunshine avec quelques regrets. La file immense devant l’unique distributeur de billets. De l’autre côté, John Butler Trio encore sur scène pour quelques minutes. Le soleil de plomb pour ce dernier jour. Notre parcours jusqu’aux tout premiers rangs. Les retrouvailles avec ce public que l’on ne regrettait pas. Moyenne d’âge très jeune, trop jeune, majorité de groupies féminines, converses et mèches emo à foison.

Car c’est Panic at the disco qui suit. Nos petits favoris de 2006 qui nous ont bien déçu depuis, mais auxquels on n’a pu résister cette fois. Les sourires qui reviennent à leur entrée sur scène. Leurs chemises blanches, Ryan et ses lunettes de soleil, Spencer toujours aussi discret, et Jon chaussé de ses incontournables tongs. Brendon qui se contente de sa guitare et de son micro central, et le nouveau membre au clavier, qui le remplace à la place où il brillait le plus. Les chœurs assurés par Jon et Ryan. La majorité de titres du dernier album, qui paraissent bien fades et présentent encore moins d’intérêt en live qu’en studio. Les quelques tubes du premier album en versions modifiées, qui perdent en énergie et en originalité. Même Lying is the most fun… qui nous déçoit largement. Leur prestation scénique qui manque d’énergie, d’envie, de passion. Les souvenirs de Lyon et des petits jeunes qui m’avaient soufflé qui semblent bien loin.

Repas et repos dans l’herbe avec Anouk en fond sonore. La voix chaude de la blonde néerlandaise sur les écrans, et nos corps étendus sur le sol. Les jeunes anglais de The Kooks qui prennent le relais. Les chansons plaisantes mais sans grande originalité. Les quelques tubes que je reconnais. Notre motivation pour monter jusqu’au QG. Mr Toyota au rez-de-chaussée. Ses quelques pas pour s’éloigner du stand, son signe de la main et son regard l’air de rien pour nous filer des pass en toute discrétion. La suite du concert suivi de là-haut et les photos souvenirs avec lui. Le stand voisin, un ticket à gratter, et la photo souvenir WIN FOR LIFE à cacher à tout jamais.

La traversée complète de la plaine, les milliers de personnes entre lesquelles il faut se faufiler. La barrière qui nous attend, et mes Free Hugs dans la poche. The Raconteurs. Au fond de la scène, le cadre est posé : lourd rideaux gris et branches mortes, un petit R doré surplombant le tout. Le teint blafard de Jack White. L’étoile de shérif qui brille sur la poitrine de Bendran Benson. Le bassiste aux cheveux raides bien vite surnommé Daria Mouskouri. Le dernier album qui s’égrène en intégralité. Un Jack White terriblement charismatique qui manie les cordes comme personne. A en casser l’une d’elle sans l’empêcher de poursuivre. Les vieilles guitares rayées voire griffonnées qui passent à ses bras. Un violon qui apparait à un moment entre les mains du clavier additionnel. Steady as she goes largement reprise par le public, sous l’aura de Jack... Steady as she goes... Are you steady now... De longs solos et des duos transcendants avec Brendan, les guitares qui hurlent et qui crachent, un son un peu crado tellement jouissif, et les tympans qui vibrent comme jamais. Un large R majestueux qui apparait entre les branches du fond. Un Blue Vein sans fin qui captive encore un peu plus la foule. Nos Raconteurs du soir qui reviennent un dernier instant pour Many Shades of Black, ma préférée du dernier album, et la dimension qu’elle prend sur scène.

Le stagiaire du cameraman, sa bouille trop choupinette et nos gestes tout sauf discrets pour attirer son attention. Son regard enfin tourné vers nous, les baisers envoyés par nos mains et les fous rires. Les fesses sur le sol et le dos contre la barrière en attendant la suite. Les filles architectes derrière nous, déjà là pour dEUS, et leur pancarte dédiée au groupe. Les lunettes blanches que Steph emprunte pour une photo so fashion, et le Werchter 2008 sur son bras.

Et puis la dernière claque de ces 4 jours. Kaiser Chiefs. Complètement jouissif et délirant. L’énergie incroyable qu’ils projettent. Un Ricky complètement dingue qui ne s’arrête pas de sauter, courir, et se mêler à la foule. Les dizaines de milliers de personnes qu’il met dans sa poche en quelques secondes. Les multiples tubes repris en chœur, et deux nouveautés qui nous seront offertes. La participation du producteur au tambourin. Ricky et son micro tendu vers nous, Ricky qui saute toujours plus haut, court toujours plus vite. Les pompes et quelques exercices de gym n’auront même pas sa peau. Son coup de folie en traversant la foule pour aller escalader les tentes du retour son. Son escalade du montant des projecteurs, sur la droite de la scène. Werchter totalement survolté sur Ruby, et qui monte encore d’un cran sur Oh My God, final en apothéose sous des jeux de lumières bluffants.

Le mec de la sécu adorable qui nous rend nos sacs. La photo qu’il prend de nous et les câlins qu’on lui offre. La nuit qui tombe sur Werchter, la dernière soirée qui sent la fin. Le dernier repas bien copieux et le litre de mayonnaise. Le sucre glace sur la table et son billet roulé. Les regards qui se posent partout pour ne rien oublier d’ici. Les poubelles lapins et carottes. Les rangées de bancs et de tables sous les toiles tendues. Les lumières scintillantes devant la Pyramid. Les pas qui se font lents pour regagner l’autre côté.

Beck sur la scène. Les Free Hugs aux francophones au milieu de la foule. Everybody’s gotta learn sometimes émouvante sous la nuit noire, et nos regards perdus vers la scène. Un dernier petit tour chez Toyota. Les photos colorées dans les hamacs, du bleu, du rouge, du vert. Nos verres à la main. Les dernières photos depuis là-haut.

Les deux derniers tickets brillants pour une dernière bière cerise chacune. dEUS comme fermeture du festival. La fatigue qui nous gagne, leur rock comme une berceuse sur nos corps gisants. Un mec et sa copine qui s’approchent, dans le même état que nous. L’alcool et la faiblesse du corps qui les mènent jusqu’au sol. Sa tête contre ma jambe. Les yeux qui se ferment et l’esprit qui vagabonde dans un demi-sommeil. Et le renoncement. Quitter le site avant l’heure pour éviter la foule compacte de la veille. Le camping vide et l’herbe humide. Les bruits de pétards qui nous surprennent à l’entrée de la tente verte, et le feu d’artifice final qui se reflète dans nos yeux.

A l’année prochaine.


[ PHOTOS PATD ]

[ PHOTOS THE RACONTEURS ]

[ PHOTOS KAISER CHIEFS ]

lundi 8 septembre 2008

"THERE ARE TWO COLOURS IN MY HEAD..."


Acte IV.

De nouveau les yeux qui s’ouvrent trop tôt et la tente qui baigne dans la lumière. Les affaires pour la douche, l’immense tente militaire sur le chemin, et le frigo même pas mini. Les 2€50 dans la poche et la longue file d’attente, ponctuée de serviettes multicolores. Des dizaines de minutes plus tard, les pieds sur le sol humide, et le verrou fermé derrière moi. Le rideau de plastique, le mince filet d’eau glacée, et la galère pour se rincer les cheveux. Juste à côté, la foule pressée devant les robinets anthracite, brosses à dent dans la bouche. Le petit déjeuner qui suit, un bol de plastique et sa petite cuillère blanche, une petite brique de lait, et des céréales au miel.
Préparer le sac de la journée. Les madeleines devenues miettes. Les piles qui défilent dans l’appareil photo. La crème solaire sur nos peaux. Un bonjour à Popol & co au passage.

[...]

Le sourire de Mr Toyota. Nos jus de fruit et une pomme à croquer. Le bar à oxygène et ses différentes senteurs, esprits fleuris, fruités ou océaniques. Le premier concert suivi de là-haut, comme une habitude qui s’installe. The Whigs. A droite et à gauche de la scène, les longs tubes néons suspendus, pré-décor impressionnant en attendant le concert mythique du soir. Une petite pause dans l’herbe pour les dernières chansons.

Et puis nos places au second rang, les mains sur la barrière, tout près de la scène. Gossip. Beth et sa robe sombre constellée de couleurs. Ses cheveux raides et noirs, et sa voix unique qui perce la peau. Sa remarque envieuse à propos du concert de Jay-Z la veille, et son attaque envers Beyonce. Le guitariste un peu fou. Popol et sa trompette, le concours entre lui et Beth. La petite brune à l’esprit enfantin qui descend de scène pour s’accaparer de l’instrument et s’amuser quelques secondes. Son énergie communicative, et Standing in the way of control qui remue la foule.

Me frayer au premier rang pendant que Steph se recule un peu. The Hives. Les lettres rouges en fond de scène. Les costumes noir et blanc et les cravates rayées. L’incontrôlable folie qui monte en moi et autour de moi, malgré les fines gouttes de pluie. La prétention ajustée de Pelle, la pluie qui lui fait tomber la veste, les cris qu’il nous fait pousser, et les grimaces de son frère à notre encontre. Les tubes qui font leur effet et l’hystérie collective qui tombe juste. Leur jeu de scène incroyablement excitant, leur humour particulier et un immense plaisir qui ressortent de tout ça. Des micros, guitares et baguettes qui volent, le suédois Jaggerien qui saute et court partout, provoque la foule, bondit dans le public, et puis sa main contre la mienne et son visage à quelques centimètres. Leurs aux-revoir et la promesse personnelle de les revoir au plus vite.

Reculer pour la suite. Un petit tour pendant la pause. Les filles de Toyota que l’on croise, et un autocollant PARTICIPATE sur chacun de nos ponchos. Et puis Editors et toujours la pluie. Le visage sur l’écran géant qui m’en rappelle un ancien. Les mains sur le piano et la voix unique. Les oreilles plongées dans leur univers et les yeux distraits. Le lancer de papier toilette et les tonnes de gobelets empilés.

Trainer Steph jusqu’à la plateforme de la Pyramid pour Kate Nash. Echos de King of Leon qui ne donnent pas tellement envie d’aller jeter une oreille. La jolie anglaise qui charme la foule. Son allure de poupée, ses taches de rousseurs, ses yeux malicieux et son sourire enchanteur. Le décor au style cabaret. Son petit air timide lorsqu’elle s’adresse à nous. Sa voix toute douce. Les mélodies mutines au piano. Son accent tranchant. Les paroles qui résonnent en moi. Nos cœurs conquis et les airs qui restent en tête des heures. And I’m singing "oh oh" on a Friday night...

Le soleil qui revient et notre retour au bord des arbres pour Ben Harper et ses Innocent Criminals. Sa classe innée. Ses longues mains qui gratouillent la guitare posée sur ses genoux, et les percussions qui résonnent. Les tons blues, funk et reggae qui s’enchaînent, les airs que l’on reconnait, et sa voix chaude qui nous berce. La rencontre avec Christian le belge d’Alerte à Malibu. Les toilettes VIP toutes propres et le papier blanc décoré de dessins.

Nouvelle avancée vers la scène. Steph qui reste en arrière, estomac oblige. Une place au second rang pour moi, en attendant que le premier rang se libère et que je pose mes mains sur la barrière. Sigur Ros à venir. Les boules lumineuses en fond de scène et les instruments magiques. Mes voisins de toutes nationalités qui font l’animation, et longues minutes d’attente qui passent plus vite. Nos échanges sur le groupe et l’excitation qui monte. Les frissons alors que la scène est encore vide. Et puis les anges qui apparaissent et les larmes qui perlent à mes yeux. Au centre, Jonsi et son aura féérique, sa veste sombre sanglée, les paillettes sur sa pommette droite et les plumes dans son cou. Orri derrière sa batterie, couronne multicolore posée sur la tête. Entre les deux, Goggi accompagnée de sa basse. Son costume élégant et sa prestance imperturbable. A l’autre bout, caché entre les multiples claviers et xylophones, Kjarri qui me tourne le dos. Et puis les quatre fées pastel d’Amiina et leurs instruments à cordes majestueux, et en bonus, des cuivres tout vêtus de blancs.
L’envol au pays des elfes avec Svefn-G-Englar. Jonsi qui nous envoute de sa voix cristalline, et celle plus grave de Kjarri qui lui répond. La guitare parsemée d’oiseaux brillants sur laquelle glisse l’archet. La dernière note sortie de sa bouche qui s’éternise, accompagné des effets de lumière. L’esprit d’Ágætis Byrjun qui reste intact avec Ny Batteri, et son intro qui fait la part belle aux lutins blancs de ce soir. Les lèvres de Jonsi au plus près des cordes et l’émotion sur son visage aux yeux fermés. La très attendue Glosoli et sa poésie unique qui s’étend au-dessus du public silencieux d’admiration. Saeglopur ensuite, et ses notes scintillantes comme des flocons de neige. Les morceaux du tout dernier album qui s’ajoutent petit à petit, et la surprise d’un Hafsol au milieu de tout ça. Orri qui s’attèle au xylophone le temps d’une chanson et Jonsi qui se rapproche de Goggi. La nuit qui tombe et les lumières qui n’ajoutent qu’encore plus à l’ambiance. Jonsi et l’autre guitare. Rouge. Toujours lui qui rejoint Kjarri derrière les claviers, et qui joue de ses cordes avec une baguette de batterie, une fois retrouvée sa guitare. L’heure qui touche presque à sa fin. Gobbledigook qui retentit, bouleversante, et les gros souffleurs repérés l’après-midi qui remplissent le ciel de blanc. Les petits papiers qui volent dans la faible lueur du crépuscule et retombent en pluie sur la foule émerveillée. Le rappel sur Popplagid qui nous achève de beauté et que l’on voudrait ne jamais voir se terminer. Et puis les instruments qui se taisent, leur avancée à tous sur la scène, et leurs saluts face aux applaudissements d’un public qui ne réalise pas encore ce qu’il vient de vivre.
Leur sortie de scène, le rêve qui s’étiole en pointillés, et l’envie de m’écrouler sur le sol qui ne résiste qu’à l’idée de ceux qui vont suivre. Une heure passée dans un autre monde. L’impasse sur mes préférées qui finalement ne compte pas. Du sublime et de la magie qui flottent dans les airs, sur chaque morceau quel qu’il soit. Les larmes et les étincelles dans mes yeux tout le long. Le cœur qui se perce en mille endroits. A chaque note les frissons dans tout le corps. A chaque son l’envie de me mettre à genoux devant eux.

Radiohead. La mise en place du nouveau décor que je suis d’un œil distrait, l’esprit encore tourné vers la terre de glace. Les tubes transparents alignés au-dessus de la scène. Les techniciens qui grimpent à leur cime. Les écrans du fond et les trois micros en première ligne. Et puis, une fois la nuit noire complète, la scène qui se nimbe de bleu, et les cinq musiciens qui s’y plongent. Les caméras fixes braquées sur chacun d’eux, et leurs images sur les écrans découpés en six. Cette voix unique et émouvante qui nous transcende. Les trésors de ce monstre de groupe qui prennent vie devant nous. Les néons qui forment un halo mystique, tantôt bleu, rose, vert, rouge, ou violet. Des ambiances électroniques entremêlées d’explosions rock et d’acoustiques pénétrants. Les sons les plus planants qui embrument le cerveau. Les meilleurs morceaux du dernier album et de plus anciens embrasements. Lucky, There There, How To Disappear Completely, Jigsaw Falling Into Places, Optimistic, Just, et toutes les autres, qui font vibrer le cœur et la chair. Thom et ses yeux souvent fermés sur l’intimité de ses mots. Ses petits pas de danse et les gestes désarticulés de ses bras, au son de ses pairs. Et ses quelques sourires timides que l’on gardera précieusement en tête. La simplicité de reflets blancs pendant leur première absence. Leur retour pour Videotape. La petite phrase de Thom qui rebondit à l’intérieur de mon crâne. This song is for people who hear voices in their head. Un peu plus tard, les néons qui se parent de multiples couleurs psychédéliques pour Paranoid Android. Puis le second et dernier rappel. Le piano décoré du drapeau tibétain et Thom qui prend place derrière. Everything In Its Right Place, pour finir de nous envoûter...

Et la redescente difficile.


[ PHOTOS GOSSIP ]

[ PHOTOS THE HIVES ]

[ PHOTOS SIGUR ROS ]

[ PHOTOS RADIOHEAD ]

samedi 23 août 2008

"I'M NEVER GOING DOWN, I'M NEVER COMING DOWN..."


Acte III.

Le soleil qui tape sur la tente. La chaleur et la lumière. Passer la tête à l’extérieur avant même que le réveil strident ne résonne. Les voisins qui parlent dans toutes les langues possibles. Des airs plus ou moins connus qui s’envolent et se mélangent au-dessus des tentes. La recherche d’un café pour débuter la journée. Une petite terrasse improvisée, une grande tasse sucrée, et le luxe suprême de pouvoir s’offrir des pains au chocolat. De nouveau le semblant de pèlerinage ente les arbres, et une Barbie dans un sac croisée en route.

[...]

Filer vers Toyota avant toute chose. Un t-shirt siglé offert et une car dance déguisée comme première étape, quoi de mieux. Des perruques, vestes à paillettes, lunettes taille XXL à foison. Des couleurs pétantes sur nos têtes, un boa à plumes autour du coup, et 2 minutes de fous rires face à la caméra. Notre QG à l’étage, petit déjeuner partie 2. The Black Box Revelation sur la scène à l’autre bout. Les notes qui nous parviennent, la vue sur la plaine baignée de soleil, le vent frais dans les cheveux, et les énormes coussins rouges plus que confortables.

[...]

Redescente vers la scène pour quelques minutes de Monza. Le brossage de dents collectif au passage. Le ciel clair et le soleil qui brûle. Nos lunettes de soleil fashion sur le nez. Les hauts de maillots, les robes de dentelles et les shorts qui se multiplient.

La pause repas vers la Pyramid, au son de Patrick Watson. Les animations des sponsors, partout autour. Le guitar hero et le mec qui assure. Les cadeaux de tous côtés et nos sacs chargés de lacets, autocollants, chargeur pour portable, petites sacoches roses et bleues, bracelets éponges. Les seringues à remplir d’eau et la petite piscine. Les nurses coca-cola, leurs costumes rouge et blanc et les brancards assortis. Sans oublier la sirène spéciale.

Retour vers la grande scène et y retrouver Slayer en pleine action. Grosses guitares, longues chevelures frisées, puissance de la voix dans le micro, pogos à foison aux premiers rangs, bruit qui tape violemment dans la tête.

Le calme qui revient et notre avancée vers la scène pour la suite. Nos places au second rang pour attendre les Babyshambles. Le public jeune autour de nous. Et les deux présentateurs du festival sur scène, signal du moment tant attendu. Et puis leur ″Air Traffic" à l’unisson et notre incompréhension, les musiciens de la veille que l’on retrouve, et les chansons déjà entendues qui nous sont rejouées. Croire à un retard, attendre patiemment ou pas. Pete aurait finalement prévenu de son absence deux jours avant. Déception majeure même en s’y attendant depuis des mois.

Quitter la foule immense avec des regrets dans les yeux. Passer le stand de massages et crème solaire bondé. Un tatouage Pure FM bleu et rose au creux du poignet. Notre campement à l’ombre des grands arbres du fond. Nos lacets autour du front, tendance hippy ou charleston. Jay-Z à présent. Les nombreux musiciens autour de lui, cuivres, batteur, percussionniste, guitaristes, dj, bassiste, ... Ses reprises, Rehab d’Amy Winehouse et American Boy d’Estelle, quelques tubes connus, et la fin sur Encore. De grosses lettres noires au marqueur sur une feuille rescapée pour des Free Hugs. Son idée de Free Fuck. Le coup d’œil du mec d’à côté et le choc sur son visage, l’échange furtif de papier et notre plus gros fou rire du séjour.

Rejoindre la foule compacte près des barrières. The Verve. La silhouette longiligne de Richard Ashcroft, ses lunettes, sa veste en cuir et son t-shirt jaune. Sonnet comme premier tube en début de set. Les titres des deux derniers albums et du futur qui s’enchainent. Une clope au bord des lèvres et le briquet attaché à l’ampli. The Drugs don’t work et le chant à l’unisson et les frissons d’être là. La mythique Bittersweet Symphony qui embrase l’espace, et les adieux sur le futur single.

Un petit bout de Neil Young, la pause repas devant la Pyramid, une bière cerise pour l’accompagner, et le blond des perles et du vin qui nous accoste. Le tour de cartes et le pari pour 20€. Hot Chip en fond sonore. Notre torture mentale et les dizaines d’essais entre les cartes rouges et les cartes noires, et son illumination notée sur papier. Le rendez-vous manqué par lui et nos 20€ promis envolés. Mon affiche Free Hugs et quelques câlins en lots de consolation. Son Free Fuck et la deuxième rencontre marquante de la soirée. Les différentes nationalités, les deux Saluts, le belge qui sert d’interprète, ses essais plus ou moins fructueux avec la pancarte aux fous rires. Des câlins à tours de bras, des photos souvenirs, et le sexe de sang et le sexe de chair.

Des allers-retours entre les deux scènes, la fin de Neil Young, une nouvelle bière fruitée pour la suite, un peu de Digitalism pour rester dans le ton, et attendre la suite de pied ferme aux côtés d’un homme banane.

La fin de la soirée, les spots qui éblouissent, Moby et ses acolytes qui envahissent la grande scène. Les faisceaux de lumières qui nous entourent. Ses tubes et morceaux les plus entrainants. Les souvenirs du lycée et de mon premier album gravé. Mais ses remix qui gâchent tout, le nouveau son assourdissant qui recouvre l’originalité de ses morceaux. Quitter la plaine en lui tournant le dos.